Ode à l'imperfection
Vous vous rappelez pourquoi je voulais faire de la céramique ? Faire du « beau »? Eh bien boudiou, mes premières pièces étaient loin d’être belles. Même un aveugle aurait pu dire « hum, c’est comment dire ? Disruptif. » (oui, cet aveugle est consultant ou entrepreneur).
Même si la pièce ne rentre pas dans la catégorie du « beau », on s’en tamponne pas mal le coquillage (coquillard). C’est l’une des premières leçons que m’a apprise la céramique : la beauté, c’est subjectif et socialement construit (mise en pratique de la pensée de Bourdieu, décidément Pierre n’est jamais loin). Donc, si une pièce ne te plaît pas, quelqu’un d’aveugle ou d’hypoesthésique l’aimera pour toi.
Blague à part, atteindre un semblant de résultat escompté dès les premiers cours de céramique, relève souvent d’un concours de circonstances.
Avoir de la sensibilité, la créativité, la perception des formes dans l’espace peut être une amorce de la création. Et tout le monde n’est pas doté de la même quantité de ces trois ingrédients. Ils peuvent se rapprocher de ce qui est appelé communément « le don ». Même s’il est encore difficile de percevoir l’origine de nos appétences et prérequis, certaines sont socialement construites, tandis que d’autres arrivent comme des cheveux sur la soupe. Toujours est-il que ce don représente ce « je ne sais quoi » qui s’avère un coup de main pour certains et qui demande à être travaillé ardemment pour d’autres.
Si certains bénéficient d’un coup de pouce, il n’empêche que la pratique d’une activité créative requiert un apprentissage technique, qui s’apparente au travail de l’artisan. Il s’acquiert par les connaissances théoriques, des démonstrations qui amèneront à la reproduction des gestes et à la confrontation à la matière. À noter que si cette dernière peut faire l’objet de pléthore d’explications sous diverses formes, la compréhension du comportement de la matière ne peut être entière qu’avec l’expérimentation. Celle-ci est souvent individuelle ou par le compagnonnage.
Ok, on a le don et la technique, donc nous devrions donc nous rapprocher du résultat escompté. Mais, pas tant…
Peu importe l’objet que nous souhaitons réaliser, l’audace et la sensibilité de l’artiste ont une place tout aussi prépondérante dans la création. Être dans l’action de « créer » demande d’être un peu fêlé du bocal. Sans irriter les egos de quiconque, il s’agit de prendre des risques et dépasser les idées préconçues. Avec les contraintes de la matière et du contexte, va falloir tâcher moyen de s’adapter afin que l’objet que l’on crée « parle » aux autres. Il s’agit en somme de donner la parole aux objets qui nous entourent. (C’est bien une phrase de fêlée matérialiste, dites-moi).
Enfin, dans ces circonstances de création, il est nécessaire s’armer de temps, ressource finie la plus riche qu’il soit, et faire face au hasard, surtout en céramique. L’art du feu réserve son lot de surprises.
Vous connaissez l’expression économique « si toutes choses étant égales par ailleurs »? Eh bah en céramique, nous pouvons faire une croix dessus. Tu prends la théorie, tout ce que tu as pu apprendre, tu en fais un joli tas et tu peux t’asseoir dessus. Et, je suis sûre que ça doit être le siège le plus inconfortable qui soit. Tu as tout fait comme il faut, tout millimétré, calibré, pesé, chronométré, et bah non. Essaye encore, car cette fois-ci le Dieu du feu était trop occupé pour se soucier de toi.
Pourquoi toute cette tirade ?
Pour vous dire que le perfectionnisme comme façon de penser et d’agir n’a pas sa place dans la création. Les variables sont tellement nombreuses, et parfois contradictoires. Il ne doit pas être un moteur, mais un objectif. La nuance de ce propos vient de la temporalité du processus de création, un peu à l’image du processus d’apprentissage. Le mieux étant l’ennemi du bien (cimer Montesquieu), il s’agira donc de se contenter de réitérer le processus de création à un autre moment (d’où la notion de temps). C’est finalement très Agile comme façon de faire…
Oubliez la perfection, faites, recommencez, prenez des pauses (des vraies), continuez et prenez du plaisir… et je crois que ça finira par se voir dans vos pièces et à les rendre parfaites (toujours, selon des codes sociaux préétablis).
Copyright ©
Les textes sont de moi.
La photo de couverture de Carnet Grésil.
L'Ode à l'improductivité arrive bientôt
Clémence AKA.MARYLOU
est une céramiste installée dans la région parisienne, mais dont les racines sont autant proches des falaises normandes que des maquis corses.
Clémence AKA.MARYLOU
est une céramiste installée dans la région parisienne, mais dont les racines sont autant proches des falaises normandes que des maquis corses.
Clémence AKA.MARYLOU
est une céramiste installée dans la région parisienne, mais dont les racines sont autant proches des falaises normandes que des maquis corses.
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