Ode à la légitimité (enfin presque)

big smile

L’ode à la légitimité (enfin presque) L’imperfection, l’improductivité, il nous reste quoi ? … Une once de légitimité, et on devrait être pas mal pour tirer un échantillon de la définition du processus de création. Premio, la légitimité c’est quoi ? Une histoire d’équilibre entre le fait de se sentir à l’aise avec ce que l’on fait et dit, ainsi que d’avoir la reconnaissance de ses pairs dans sa pratique. Donc, il y a autant des causalités internes que externes.  Pour les causalités externes, ce que les gens pensent, nous pouvons le résumer assez facilement par le fait de s’en foutre. Même si le fait de s’en foutre n’est pas de tout repos et est loin d’être aisé, nous ne pouvons pas contrôler la pensée des autres (sauf si on embrasse une carrière de dictateur). L’autre facteur extérieur à la légitimité s’identifie assez facilement : la comparaison entre pairs. Elle-même ambivalente, elle peut être aussi inspirante que délétère. Donc, si on élimine les causalités externes par le fait que l’on a peu de possibilité d’action dessus, il nous reste les causalités internes. Et là, retroussez vos manches car il y a du boulot.  Je pourrais faire pléthore d’explications sur la confiance en soi. Mais pas tant, car elle vient, repart, grossit dès fois un peu trop ou s’absente complètement.  Aussi incertaine que ces causalités externes, nous pouvons néanmoins utiliser l’auto-persuasion de la méthode Coué, la pensée positive or « Fake it Till you make it »* résumé par la grande Rihanna :  « I : What do you do on those days that you don’t feel that confident or fearless or powerful, like you did out there?  Riri : Uh, pretend, fake it. Yeah. »** Et si c’est Riri qui l’a dit, alors c’est vrai. Outre cet argument d’autorité bancal, être positif et presque confiant à 80% du temps dans son processus de création, il est fort à parier que cela se voit sur vos créations. Puis, même si elles sont subjectivement imparfaites, si vous avez pris du plaisir à les faire, il n’y a rien à rajouter.  Non, je ne terminerai pas cet article avec ces paragraphes qui vont de soi. Je rentre bientôt dans le dur, promis.  L’artisanat d’art a cette particularité d’être autant composée de la technicité de l’artisan que de la sensibilité de l’artiste. Cette dualité offre un éventail d’apprentissages quasi infini.  Prenons, au total hasard, la céramique. Être un excellent tourneur ne garantit pas d’être un excellent émailliste, un pro du filage d’or, du sgraffito, du kurinuki ou de savoir sculpter des bustes. Les matières et les outils utilisés se ressemblent, mais les gestes diffèrent. Donc, face aux multitudes techniques, l’artisan d’art est toujours un débutant face à la nouveauté.  Certains arrivent être à l’aise avec ces nouveautés et cette posture de ne plus être l’expert de son domaine. Savoir faire cet aller-retour entre l’expert et le novice, être humble face à son ignorance combiné à la curiosité, sont tout autant d’ingrédients qui permettent d’être à l’aise de ces baskets.  Lors de mes premiers défournements, si je m’étais écoutée, j’aurais bazardé près de la moitié de mes pièces. J’avais pris du plaisir à les faire, ma technique restait à parfaire et je refusais que mes pièces ne soient pas parfaites comme dans mon imaginaire. Comme si j’avais une idée millimétré de ce que j’attendais. Alors que l’on se le dise, je suis dans un flou (artistique) bien carabiné. Mon oeil n’était focalisé que sur le manque de technique et non l’essence même des pièces. Bref, le perfectionnisme n’est pas mort. Et le combat interne ne fait que commencer.  Mais, je suis chanceuse d’être bien entourée, et une amie céramiste m’a dit texto « si tu n’aimes pas certaines de tes pièces, c’est un problème entre toi et toi. » Eh beh, je suis restée coi, elle avait raison. (Merci Mathou, coeur sur toi)  Je vais vous provoquer un flashback : vous vous souvenez de l’aveugle qui apprécie le travail d’une jeune artisane d’art ? L’appréciation de son travail n’est pas aisé, mais elle n’est nullement liée à l’appréciation des autres. Ne dévalue pas tes pièces, tout ton travail, laisse les personnes jugées par eux-mêmes, tout en sachant qu’ils sont déjà influencés, n’en rajoute pas une couche.  J’écris ces dernières lignes de cette série d’article à quelques jours de mes premières épreuves de CAP… Comme quoi, on ne se refait pas et ma posture de première de la classe n’est jamais bien loin. Promis, je travaille à être plus instinctive et à me foutre la paix. Mais, une fois que j’ai mon CAP en poche.  Un grand merci d’avoir suivi cette aventure en trois temps ! J’espère que vous l’avez apprécié, autant que j’ai apprécié écrire ces quelques lignes. C’était une première fois pour moi de livrer 1/10 de mes pensées sur la céramique, et je crois que j’ai écris beaucoup de bêtises. Mais, vous savez quoi ? Y’a pas mort d’hommes.  Bisous, prenez soin de vous et kiffez.  * « Fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives » ** « I : Que fais-tu les jours où tu ne te sens pas aussi sûre de toi, sans craintes ou puissante que tu l’étais là-bas ? Riri : Euh, je fais semblant, je joue la comédie. Ouais. » Copyright © Comme toujours, la photo de couverture est de Carnet Grésil.  Le texte et les autres photos sont de moi. 

Ode à l’improductivité

taking a break smilling

Ode à l’improductivité Trigger warning : Ford et Taylor vont se retourner plusieurs fois dans leurs tombes à la lecture de ces lignes (enfin, s’il reste quelque chose dans leurs tombes…) Vive les temps creux, résiduels et inutiles ! Déjà énoncé dans l’article précédent, le temps est la ressource finie que je considère la plus riche qui soit. En céramique, prendre le temps et savoir le prendre est indispensable. Oui, même si le temps est incompressible et les journées ne font que 24h (à mon grand dam). De toute façon, la terre vous le rappellera très rapidement.  Commençons par une petite digression.  Enchainée à ma chaise de bureau pendant 9 heures par jour, les yeux rivés à mes écrans, j’ai voulu parfaire ma sédentarité et ma myopie avec des cours hebdomadaire de modelage. Heureusement, la céramique engage plus le corps et l’esprit qu’un support plat et réfléchissant.  Dès les premières heures de cours, je fus happée comme une abeille par le miel. Une sensation de pure concentration m’a particulièrement marqué. Ma première réalisation a été pour mon ex-copain. (merci pour son soutien) J’ai voulu lui façonner une petite tasse à café en colombin avec un coeur au milieu (très niais, j’admets). Finalement, cette tasse avait plus l’allure d’un mini bol nullement pratique pour mettre un quelconque liquide dedans. Toujours est-il que cette première pièce qui m’a pris 3 heures à modeler, m’a conquise. Je ne maitrisais pas du tout la technique, je n’ai pas pu faire appel à mon pseudo-don mais le Dieu du feu ne semblait être pas trop loin. Toute ma concentration a été mise dans cette tasse/bol, mes joues sont devenues rouges écarlates et je planais complètement de satisfaction. (Promis, j’ai rien pris) Alors, 3 heures pour produit une tasse ou un bol, on ne saura jamais, qui ne peut contenir aucun liquide… En termes de productivité, j’étais garée très loin derrière. L’objectif de cet objet était bien d’avoir une utilité fonctionnelle, or c’est le plaisir de le faire qui a transparu dans sa réalisation. La productivité est donc passée au second plan.  Par la suite, j’ai reproduis ce que je faisais dans mon parcours scolaire et professionnel. Avec mon profil d’élève du premier rang, vous imaginez aisément que je n’ai loupé aucun cours et j’arrivais systématiquement avec de l’avance. Après six mois de modelage, j’ai débuté le tournage à raison de deux cours hebdomadaires. Puis, j’ai débuté une résidence au Présàvie, à GolemQA… J’ai voulu assez (trop) rapidement passer le CAP « Tournage en céramique ». Pur produit du système scolaire et du monde du travail français, j’ai recherché un diplôme comme signe de reconnaissance, et aussi à assouvir ma soif de connaissances. Alors que j’étais consultante, avec la charge de travail que vous pouvez imaginer, j’ai voulu préparer le CAP sur mon temps libre.  Rapide contexte : initialement un CAP, c’est 3 ans d’étude à temps plein. J’ai donc voulu m’y préparer sur un an, en travaillant facilement 45 heures semaines. Autant vous dire que le burnout est venu me faire un kiss sur chaque joue.  J’ai voulu accélérer le temps et arriver rapidement à mon but d’autonomie et de reconnaissance. Il n’était pas question d’être la meilleure, de faire mieux, ou encore de me considérer au-dessus des autres. Je considérais seulement ma valeur à travers mes résultats. Ce triste mécanisme a volé en éclat avec ma pratique répétée (acharnée) de la céramique.  Cette digression commence à être un peu longue, mais pour les neuro-atypiques vous me voyez venir avec mes gros sabots ? Non ? Je poursuis, maintenant que j’ai votre attention.  Une grande partie des céramistes que j’ai interrogé, de renom ou inconnus du grand public, m’ont clairement fait comprendre que le CAP n’était que le commencement pour avoir des bases techniques. Ils considèrent qu’il faut pratiquer une dizaine d’années pour se considérer comme autonome dans sa pratique et satisfait de celle-ci. Autant vous dire que ma volonté d’accélérer le temps a pris un sacré coup de massue.  Donc, je tente tous les jours de mettre sous le tapis mon hyperactivité et accessoirement « me foutre la paix » (Merci Fabrice Midal). Sans être paresseux (quoique ça peut faire du bien), prendre le temps de faire, et pour mon cas, faire preuve de patience est donc productif.  Est-ce que ce ne serait pas contre-productif de finir un article sur l’improductivité avec le mot productif ? Allez hop une petite migraine pour avoir lu cette phrase.  Si je dois résumer en quelques mots cette ode à l’improductivité : prendre le temps est productif, ce qui va à l’encontre de l’idée communément admise de la productivité, comme synonyme d’efficacité, d’efficience et de rapidité.   Copyright © Comme toujours, la photo de couverture est de Carnet Grésil. Le texte et les autres photos sont de moi.  La suite : l’Ode à la légitimité

Ode à l’imperfection

Mains dans l'argile avec le tour

Ode à l’imperfection Vous vous rappelez pourquoi je voulais faire de la céramique ? Faire du « beau »? Eh bien boudiou, mes premières pièces étaient loin d’être belles. Même un aveugle aurait pu dire « hum, c’est comment dire ? Disruptif. » (oui, cet aveugle est consultant ou entrepreneur). Même si la pièce ne rentre pas dans la catégorie du « beau », on s’en tamponne pas mal le coquillage (coquillard). C’est l’une des premières leçons que m’a apprise la céramique : la beauté, c’est subjectif et socialement construit (mise en pratique de la pensée de Bourdieu, décidément Pierre n’est jamais loin). Donc, si une pièce ne te plaît pas, quelqu’un d’aveugle ou d’hypoesthésique l’aimera pour toi. Blague à part, atteindre un semblant de résultat escompté dès les premiers cours de céramique, relève souvent d’un concours de circonstances. Fissures sur pieds de lampe Avoir de la sensibilité, la créativité, la perception des formes dans l’espace peut être une amorce de la création. Et tout le monde n’est pas doté de la même quantité de ces trois ingrédients. Ils peuvent se rapprocher de ce qui est appelé communément « le don ». Même s’il est encore difficile de percevoir l’origine de nos appétences et prérequis, certaines sont socialement construites, tandis que d’autres arrivent comme des cheveux sur la soupe. Toujours est-il que ce don représente ce « je ne sais quoi » qui s’avère un coup de main pour certains et qui demande à être travaillé ardemment pour d’autres. Si certains bénéficient d’un coup de pouce, il n’empêche que la pratique d’une activité créative requiert un apprentissage technique, qui s’apparente au travail de l’artisan. Il s’acquiert par les connaissances théoriques, des démonstrations qui amèneront à la reproduction des gestes et à la confrontation à la matière. À noter que si cette dernière peut faire l’objet de pléthore d’explications sous diverses formes, la compréhension du comportement de la matière ne peut être entière qu’avec l’expérimentation. Celle-ci est souvent individuelle ou par le compagnonnage. Ok, on a le don et la technique, donc nous devrions donc nous rapprocher du résultat escompté. Mais, pas tant… Peu importe l’objet que nous souhaitons réaliser, l’audace et la sensibilité de l’artiste ont une place tout aussi prépondérante dans la création. Être dans l’action de « créer » demande d’être un peu fêlé du bocal. Sans irriter les egos de quiconque, il s’agit de prendre des risques et dépasser les idées préconçues. Avec les contraintes de la matière et du contexte, va falloir tâcher moyen de s’adapter afin que l’objet que l’on crée « parle » aux autres. Il s’agit en somme de donner la parole aux objets qui nous entourent. (C’est bien une phrase de fêlée matérialiste, dites-moi). Enfin, dans ces circonstances de création, il est nécessaire s’armer de temps, ressource finie la plus riche qu’il soit, et faire face au hasard, surtout en céramique. L’art du feu réserve son lot de surprises.  Vous connaissez l’expression économique « si toutes choses étant égales par ailleurs »? Eh bah en céramique, nous pouvons faire une croix dessus. Tu prends la théorie, tout ce que tu as pu apprendre, tu en fais un joli tas et tu peux t’asseoir dessus. Et, je suis sûre que ça doit être le siège le plus inconfortable qui soit. Tu as tout fait comme il faut, tout millimétré, calibré, pesé, chronométré, et bah non. Essaye encore, car cette fois-ci le Dieu du feu était trop occupé pour se soucier de toi. Smile and glaze Pourquoi toute cette tirade ? Pour vous dire que le perfectionnisme comme façon de penser et d’agir n’a pas sa place dans la création. Les variables sont tellement nombreuses, et parfois contradictoires. Il ne doit pas être un moteur, mais un objectif. La nuance de ce propos vient de la temporalité du processus de création, un peu à l’image du processus d’apprentissage. Le mieux étant l’ennemi du bien (cimer Montesquieu), il s’agira donc de se contenter de réitérer le processus de création à un autre moment (d’où la notion de temps). C’est finalement très Agile comme façon de faire… Oubliez la perfection, faites, recommencez, prenez des pauses (des vraies), continuez et prenez du plaisir… et je crois que ça finira par se voir dans vos pièces et à les rendre parfaites (toujours, selon des codes sociaux préétablis).   Copyright © Les textes sont de moi.  La photo de couverture de Carnet Grésil. L’Ode à l’improductivité est ici