Cleaning hands

Ode à l'improductivité

Trigger warning : Ford et Taylor vont se retourner plusieurs fois dans leurs tombes à la lecture de ces lignes (enfin, s’il reste quelque chose dans leurs tombes…) Vive les temps creux, résiduels et inutiles !

Déjà énoncé dans l’article précédent, le temps est la ressource finie que je considère la plus riche qui soit. En céramique, prendre le temps et savoir le prendre est indispensable. Oui, même si le temps est incompressible et les journées ne font que 24h (à mon grand dam). De toute façon, la terre vous le rappellera très rapidement. 

Plage Naoshima

Commençons par une petite digression. 

Enchainée à ma chaise de bureau pendant 9 heures par jour, les yeux rivés à mes écrans, j’ai voulu parfaire ma sédentarité et ma myopie avec des cours hebdomadaire de modelage. Heureusement, la céramique engage plus le corps et l’esprit qu’un support plat et réfléchissant. 

Dès les premières heures de cours, je fus happée comme une abeille par le miel. Une sensation de pure concentration m’a particulièrement marqué. Ma première réalisation a été pour mon ex-copain. (merci pour son soutien) J’ai voulu lui façonner une petite tasse à café en colombin avec un coeur au milieu (très niais, j’admets). Finalement, cette tasse avait plus l’allure d’un mini bol nullement pratique pour mettre un quelconque liquide dedans. Toujours est-il que cette première pièce qui m’a pris 3 heures à modeler, m’a conquise. Je ne maitrisais pas du tout la technique, je n’ai pas pu faire appel à mon pseudo-don mais le Dieu du feu ne semblait être pas trop loin. Toute ma concentration a été mise dans cette tasse/bol, mes joues sont devenues rouges écarlates et je planais complètement de satisfaction. (Promis, j’ai rien pris)

Alors, 3 heures pour produit une tasse ou un bol, on ne saura jamais, qui ne peut contenir aucun liquide… En termes de productivité, j’étais garée très loin derrière. L’objectif de cet objet était bien d’avoir une utilité fonctionnelle, or c’est le plaisir de le faire qui a transparu dans sa réalisation. La productivité est donc passée au second plan. 

Bouteilles de saké Tokoname

Par la suite, j’ai reproduis ce que je faisais dans mon parcours scolaire et professionnel. Avec mon profil d’élève du premier rang, vous imaginez aisément que je n’ai loupé aucun cours et j’arrivais systématiquement avec de l’avance. Après six mois de modelage, j’ai débuté le tournage à raison de deux cours hebdomadaires. Puis, j’ai débuté une résidence au Présàvie, à GolemQA… J’ai voulu assez (trop) rapidement passer le CAP « Tournage en céramique ». Pur produit du système scolaire et du monde du travail français, j’ai recherché un diplôme comme signe de reconnaissance, et aussi à assouvir ma soif de connaissances. Alors que j’étais consultante, avec la charge de travail que vous pouvez imaginer, j’ai voulu préparer le CAP sur mon temps libre. 

Rapide contexte : initialement un CAP, c’est 3 ans d’étude à temps plein. J’ai donc voulu m’y préparer sur un an, en travaillant facilement 45 heures semaines. Autant vous dire que le burnout est venu me faire un kiss sur chaque joue. 

J’ai voulu accélérer le temps et arriver rapidement à mon but d’autonomie et de reconnaissance. Il n’était pas question d’être la meilleure, de faire mieux, ou encore de me considérer au-dessus des autres. Je considérais seulement ma valeur à travers mes résultats. Ce triste mécanisme a volé en éclat avec ma pratique répétée (acharnée) de la céramique. 

Sculpture Jannis Kounellis

Cette digression commence à être un peu longue, mais pour les neuro-atypiques vous me voyez venir avec mes gros sabots ?

Non ? Je poursuis, maintenant que j’ai votre attention. 

Une grande partie des céramistes que j’ai interrogé, de renom ou inconnus du grand public, m’ont clairement fait comprendre que le CAP n’était que le commencement pour avoir des bases techniques. Ils considèrent qu’il faut pratiquer une dizaine d’années pour se considérer comme autonome dans sa pratique et satisfait de celle-ci. Autant vous dire que ma volonté d’accélérer le temps a pris un sacré coup de massue. 

Donc, je tente tous les jours de mettre sous le tapis mon hyperactivité et accessoirement « me foutre la paix » (Merci Fabrice Midal). Sans être paresseux (quoique ça peut faire du bien), prendre le temps de faire, et pour mon cas, faire preuve de patience est donc productif. 

Est-ce que ce ne serait pas contre-productif de finir un article sur l’improductivité avec le mot productif ? Allez hop une petite migraine pour avoir lu cette phrase. 

Si je dois résumer en quelques mots cette ode à l’improductivité : prendre le temps est productif, ce qui va à l’encontre de l’idée communément admise de la productivité, comme synonyme d’efficacité, d’efficience et de rapidité.  

Copyright ©

Comme toujours, la photo de couverture est de Carnet Grésil.

Le texte et les autres photos sont de moi. 

L'Ode à la légitimité arrive soon...

Clémence AKA.MARYLOU
est une céramiste installée dans la région parisienne, mais dont les racines sont autant proches des falaises normandes que des maquis corses.

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Clémence AKA.MARYLOU
est une céramiste installée dans la région parisienne, mais dont les racines sont autant proches des falaises normandes que des maquis corses.

 

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Clémence AKA.MARYLOU
est une céramiste installée dans la région parisienne, mais dont les racines sont autant proches des falaises normandes que des maquis corses.

 

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